Les présidents des États-Unis et la Science : une rétrospective
Par Christina P. Hooton
Les actions prises par les présidents des États-Unis en reconnaissance de l’impact de la science au niveau national et international sont un sujet qui peut être retracé jusqu’à l’origine du pays. En fait, les fondateurs ont inscrit le système de brevet national dans le tout premier article de la Constitution des États-Unis avec pour mission de « promouvoir la science et les arts utiles. »
Des défis posés aux scientifiques pour explorer les coins les plus reculés de l’univers à la mise en place de lois révolutionnaires et d’organismes essentiels, nous abordons une rétrospective des manières dont seulement quelques-uns des anciens présidents, au moment où cet article a été écrit, ont influencé la science pendant leur mandat.
L’établissement d’une jeune nation
John Adams – La santé publique
L’un des premiers présidents des États-Unis reconnut son intérêt pour la quête de connaissances en inscrivant le soutien public de la science et des arts dans la Constitution du Massachusetts. De plus, le président Adams proposa la création de l’American Academy for Arts and Sciences, qui existe toujours à ce jour en tant que centre de recherche indépendant. Cependant, l’une de ses contributions les plus durables est sans aucun doute la signature de l’Act for the Relief of Sick and Disabled Seamen (loi sur le soulagement des marins malades et handicapés). Cette loi autorisa la création d’un Marine Hospital Service (service hospitalier marin) administré par le gouvernement, l’une des premières institutions de santé publique de son genre, et qui a ouvert la voie pour l’actuel Ministère de la Santé et des Services humains, les National Institutes of Health (NIH) et autres programmes de santé fédéraux. Aujourd’hui, le NIH est le fondateur est le plus important organisme de financement public pour la recherche biomédicale au monde.
Abraham Lincoln — L’enseignement scientifique
Un besoin d’accéder à l’enseignement supérieur et à la formation émergea après la Révolution industrielle. En 1862, le président Lincoln signa le Morrill Act, qui ouvrit la voie pour la création d’un système d’universités agricoles (land-grant colleges and universities). Ces institutions étaient conçues pour se concentrer sur l’enseignement de la pratique de l’agriculture et de la science. Parmi les premières institutions à utiliser cette désignation se trouvent la Kansas State University, la Iowa State University et la Rutgers University. En 1890, un deuxième Morrill Act fut approuvé et mena à la création de 19 collèges et universités historiquement noires (Historically Black College and Universities), dont l’Alabama A&M University et la Tuskegee University. Le programme fut étendu de nouveau en 1994 pour inclure les collèges et universités tribaux. Aujourd’hui, il existe plus de 112 institutions agricoles (land-grant).
Stimuler l’innovation
Franklin D. Roosevelt — La recherche financée par le gouvernement
La création du rôle joué par les États-Unis dans la recherche contre le cancer a pris presque trois décennies. Le National Cancer Act de 1937, promulgué par le président Roosevelt, mena à la création du National Center Institute (NCI) et représenta le premier financement émis par le Congrès pour une maladie non transmissible. Précisément 20 ans plus tard, le premier cancer fut soigné grâce à la chimiothérapie au NCI. Aujourd’hui, le NCI est toujours l’organisme fédéral responsable de la recherche et de la formation concernant la cause, le diagnostic, et le traitement du cancer. L’Institut contribue à et promeut la recherche et la formation dans d’autres institutions publiques et privées, en soutenant ainsi 71 centres de cancer nommés par le NCI, 5 000 bourses et 2 500 sites d’essai clinique.
Dwight D. Eisenhower — La DARPA
En 1957, l’Union soviétique lançait Spoutnik, le premier satellite artificiel au monde, marquant le début d’une nouvelle ère pour l’exploration spatiale. Dans le but « d’empêcher la surprise technologique » à l’avenir, le président Eisenhower créa la Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA, « Agence pour les projets de recherche avancée de défense »). La DARPA contribua au lancement de la National Aeronautics and Space Administration (NASA) et continua à réaliser beaucoup d’autres projets de recherche, y compris ARPANET, un réseau d’ordinateurs expérimental qui était un précurseur d’Internet. Continuant d’exister aujourd’hui, sa mission est de faire des investissements décisifs dans les technologies innovantes pour la sécurité nationale.
John F. Kennedy — L’atterrissage sur la Lune
S’appuyant sur les progrès effectués par son prédécesseur et en réponse à la pression supplémentaire des avancées de l’Union soviétique, le président Kennedy demanda au Congrès de débloquer 7 à 9 milliards de dollars supplémentaires sur une période de cinq ans pour le Projet Mercury, le programme spatial initié par le président Eisenhower. Il fixa également l’objectif de faire atterrir un homme sur la Lune et de le faire revenir en toute sécurité sur Terre avant la fin des années 1960. Bien que son rêve fût réalisé seulement après son décès, le leadership du président Kennedy inspira de nombreuses personnes, des ingénieurs aérospatiaux aux ouvriers de production, et ouvrit la voie à un nombre d’expéditions spatiales à succès, y compris un bond de géant pour l’humanité avec Apollo 11
Regarder vers l’avenir
Richard Nixon – La législation environnementale
À la fin des années 1960, la dégradation environnementale à propos duquel les naturalistes avaient mis en garde, commençait à se concrétiser. Le smog remplit l’air et les polluants traversèrent les voies navigables. Le président Nixon promulgua une série de projets de loi sur l’environnement pendant la durée de son mandat, y compris le Clean Water Act, le Clean Air Act, le National Environmental Policy Act, le Endangered Species Act et le Marine Mammal Protection Act. Il proposa également la mise en place de la Environmental Protection Agency, une décision qui, selon ses espoirs, réduirait davantage le pouvoir du gouvernement fédéral grâce à la consolidation de plusieurs offices.
George H.W Bush — Le Clean Air Act
En 1990, le président Bush apporta des modifications au Clean Air Act mis en place par le président Nixon. À ce stade, des scientifiques avaient établi un lien entre la pluie acide et les centrales électriques au charbon. Des projets de loi antérieurs avaient été introduits pour traiter le problème, mais ne furent pas adoptés, car ils auraient exigé, à grands frais, de chaque centrale électrique au charbon de respecter des limites de pollution selon des technologies d’assainissement uniformes. Le président Bush proposa plutôt un projet de loi selon une approche de « plafonnement et échange ». Dans ce scénario, un plafond budgétaire concernant la pollution est établi, et des permis de pollution sont vendus et échangés entre les centrales électriques. Les centrales ayant réduit leur niveau de pollution à bas coût bénéficieraient des réductions les plus importantes et vendraient leurs permis aux centrales dépensant plus pour réduire leur niveau de pollution. Son projet de loi remporta l’adhésion des deux partis politiques et se révéla encore plus efficace que beaucoup de ses partisans l’avaient anticipé, obtenant des réductions de la pollution plus importantes que ce que les réglementations exigeaient à moindres coûts que ce qui avait été estimé, selon l’article de la Harvard Law School’s CleanLaw Podcast « What Environmental Protection Owes George H.W. Bush » (« Quelle protection environnementale doit-on à George H.W. Bush? ») par Joe Goffman.
"La Precision Medicine Initiative (initiative pour la médecine de précision) a pour objectif d’améliorer le traitement des maladies en les adaptant aux caractéristiques uniques des gènes, de l’environnement et du mode de vie de chaque individu."
Barack Obama — Les initiatives médicales
En plus de poursuivre le travail de ses prédécesseurs dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre aux États-Unis, le président Obama proposa et mit en place des initiatives pour des technologies médicales émergentes. La BRAIN (Brain Research Through Innovative Neurotechnologies [Recherche cérébrale à travers les neurotechnologies innovantes]) Initiative a pour but de révolutionner la compréhension du cerveau humain. La Precision Medicine Initiative (initiative pour la médecine de précision) a pour objectif d’améliorer le traitement des maladies en les adaptant aux caractéristiques uniques des gènes, de l’environnement et du mode de vie de chaque individu. Pour approfondir ce travail, le programme de recherche All of Us vise à construite une base de données de santé diversifiée avec l’aide d’un million de citoyens des États-Unis.
Un seul regard sur l’Histoire des États-Unis suffit pour se rendre compte que les idéaux de l’exploration et de l’innovation scientifique sont entremêlés avec l’évolution de la nation.
Nous espérons que vous avez apprécié ce voyage dans le temps, et parfois dans l’espace, autant que nous!
Christina P. Hooton est une rédactrice de Fisher Scientific.
